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Fiscalité des sociétés à Malte : comment passer de 35 % à 5 % (calcul complet et sourcé)

10 min de lecture Mis à jour · juillet 2026

Dans : Créer une société à Malte · Créer une société à l'étranger

Sommaire
  1. Le principe : 35 % nominal, ~5 % effectif
  2. « Full imputation » expliqué en 2 phrases
  3. L'exemple chiffré complet (que personne ne déroule)
  4. Les 3 fractions de remboursement (6/7, 5/7, 2/3)
  5. Les 5 comptes fiscaux qui décident de tout
  6. Délais réels du remboursement (et le mythe des « 8 à 14 mois »)
  7. Actionnaire résident vs non-résident : cash ou crédit ?
  8. Substance économique et risque côté France
  9. Coûts et étapes de création (chiffrés)
  10. Erreurs à éviter
  11. Questions fréquentes

Installé à Sliema, Gzira ou St Julian's, vous montez une société maltaise et on vous promet un taux effectif de 5 %. C'est exact, et parfaitement légal : Malte est dans l'UE, à l'euro, avec l'anglais comme langue officielle. Mais le « 5 % magique » cache une mécanique précise : la société paie d'abord 35 % de tout son bénéfice, puis l'actionnaire se fait rembourser. Ce guide déroule le calcul réel avec chaque source officielle (CFR maltais, Income Tax Act), corrige les délais faux qui circulent, et chiffre le vrai coût (trésorerie avancée, substance, audit) pour que vous décidiez en connaissance de cause.

L'essentiel

À Malte, l'impôt sur les sociétés est de 35 % (taux nominal), mais grâce au système de remboursement d'impôt aux actionnaires, un revenu commercial actif est imposé à environ 5 % effectif : la société paie 35 %, puis l'actionnaire non-résident récupère 6/7 de cet impôt. Les revenus passifs (intérêts, redevances) tombent à ~10 % (5/7). C'est légal et validé par l'UE et l'OCDE.

Le principe : 35 % nominal, ~5 % effectif

Malte applique un impôt sur les sociétés (IS) de 35 % sur le bénéfice imposable. C'est un taux unique, l'un des plus élevés d'Europe sur le papier. La particularité maltaise ne joue pas au niveau de la société, mais au niveau de l'actionnaire : lorsque la société distribue un dividende, l'actionnaire peut réclamer au fisc le remboursement d'une fraction de l'impôt déjà payé.

Pour un revenu commercial actif (trading, prestations, e-commerce), cette fraction est de 6/7 de l'impôt payé. La société paie 35 %, l'actionnaire récupère 30 points, il reste ~5 % effectif. Ce n'est donc pas la société qui est peu imposée : c'est le couple société + actionnaire, une fois le remboursement encaissé.

Ce système, appelé full imputation (imputation totale), existe précisément pour éviter la double imposition. Il est reconnu conforme par la Commission européenne et n'est pas sur les listes noires de l'OCDE.

Source : Malta Tax and Customs Administration (ex-Commissioner for Revenue, CFR), Income Tax Act (Chapter 123) et Income Tax Management Act (Chapter 372).

« Full imputation » expliqué en 2 phrases

Beaucoup de sites balancent le terme « full imputation » sans le traduire. Voici la version simple : l'impôt payé par la société est considéré comme un acompte payé pour le compte de l'actionnaire. Quand la société vous verse un dividende, cet impôt vous est « imputé » (crédité), et comme le taux personnel maximal à Malte est aussi de 35 %, vous ne payez rien de plus — au contraire, vous récupérez le trop-payé via le remboursement 6/7.

Autrement dit : le bénéfice n'est imposé qu'une seule fois, pas deux. Sans ce mécanisme, vous paieriez 35 % au niveau société, puis encore de l'impôt sur le dividende. Le système maltais supprime cette seconde couche et rembourse même l'excédent. C'est ce qui rend le taux effectif si bas, en toute légalité.

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L'exemple chiffré complet (que personne ne déroule)

Prenons une société maltaise (Ltd) avec 100 000 € de bénéfice imposable, détenue par un actionnaire non-résident (via holding ou en direct). Voici le flux réel, étape par étape :

  1. La société paie l'IS : 35 % × 100 000 = 35 000 € versés au CFR. Il reste 65 000 € distribuables.
  2. La société distribue le dividende de 65 000 € à l'actionnaire, avec un dividend certificate attestant l'impôt payé.
  3. L'actionnaire réclame le remboursement 6/7 de l'impôt payé : 6/7 × 35 000 = 30 000 € remboursés par le fisc.
  4. Charge fiscale nette : 35 000 − 30 000 = 5 000 €, soit 5 % effectif sur les 100 000 € de bénéfice.

Point clé que les concurrents cachent : le remboursement va à l'actionnaire, pas à la société. Et surtout, la société a dû avancer 35 000 € de trésorerie avant de récupérer quoi que ce soit. Entre le paiement de l'IS et l'encaissement du remboursement, ces 30 000 € sont immobilisés plusieurs semaines. Pour une jeune structure, ce décalage de trésorerie est un vrai sujet.

Les 3 fractions de remboursement (6/7, 5/7, 2/3)

Le 6/7 n'est pas automatique : la fraction dépend de la nature du revenu et du compte fiscal sur lequel il est logé. Il existe trois fractions.

Fraction rembourséeType de revenuTaux effectif
6/7Revenus commerciaux actifs (trading, services, e-commerce)~5 %
5/7Revenus passifs : intérêts et redevances (royalties)~10 %
2/3Revenus étrangers ayant déjà bénéficié d'un allègement de double imposition (double taxation relief / FTC)~12,5 % (avant crédit conventionnel)

La fraction 2/3 s'applique quand le revenu de source étrangère a déjà supporté un impôt à l'étranger et bénéficie du Flat-Rate Foreign Tax Credit (FRFTC) ou d'un crédit conventionnel. Le remboursement est alors plafonné pour éviter le cumul des avantages. C'est la fraction la moins connue et la plus mal expliquée ailleurs.

Source : Income Tax Management Act (Chapter 372), articles sur le tax refund ; Malta Tax and Customs Administration.

Les 5 comptes fiscaux qui décident de tout

Ce que presque personne n'explique côté francophone : Malte oblige chaque société à ventiler ses bénéfices dans cinq comptes fiscaux. C'est le compte d'où sort le dividende qui détermine la fraction de remboursement applicable. En clair, ces comptes sont la « plomberie » du système à 5 %.

  • MTA — Maltese Taxed Account : bénéfices de source maltaise déjà imposés. Ouvre droit au remboursement 6/7 ou 5/7.
  • FIA — Foreign Income Account : revenus de source étrangère imposés. C'est ici que jouent les fractions 5/7 et 2/3 selon les crédits d'impôt étrangers.
  • FTA — Final Tax Account : revenus ayant subi un impôt final (ex. certaines plus-values immobilières). Aucun remboursement possible.
  • IPA — Immovable Property Account : revenus liés à l'immobilier situé à Malte. Pas de remboursement non plus.
  • UA — Untaxed Account : différence entre bénéfice comptable et bénéfice imposé (solde d'équilibre).

Retenez ceci : un dividende issu du FTA ou de l'IPA n'ouvre aucun droit à remboursement. Le « 5 % » ne concerne que les bénéfices logés au MTA et au FIA. D'où l'importance d'un comptable maltais qui ventile correctement vos comptes.

Délais réels du remboursement (et le mythe des « 8 à 14 mois »)

Vous lirez tout et son contraire : « 8 à 14 mois » sur certains sites, « 8 à 14 semaines » sur d'autres. C'est faux ou trompeur. Le cadre légal est clair : le remboursement est dû dans un délai statutaire de 14 jours suivant le jour où la demande est traitée et où l'impôt et l'audit ont été réglés (article de l'Income Tax Management Act).

En pratique, une fois le dossier complet (comptes audités déposés, impôt payé, demande de remboursement soumise), comptez plutôt 4 à 6 semaines pour recevoir le virement SEPA. Les délais de « plusieurs mois » que vous croisez confondent en réalité le cycle complet (clôture d'exercice + audit + dépôt) avec le seul remboursement. Ne les prenez pas pour argent comptant.

Condition préalable : le remboursement n'est déclenché qu'après distribution effective du dividende et dépôt des comptes audités. Pas de dividende, pas de remboursement.

Source : Income Tax Management Act (Chapter 372) ; Malta Tax and Customs Administration.

Actionnaire résident vs non-résident : cash ou crédit ?

Nuance importante, souvent zappée. Le traitement diffère selon que vous êtes résident fiscal maltais ou non.

  • Actionnaire non-résident (ou holding étrangère) : vous recevez un remboursement en cash (virement SEPA) du 6/7, 5/7 ou 2/3. C'est le schéma classique de l'entrepreneur qui structure via une holding.
  • Actionnaire résident à Malte : le dividende reçu est déjà crédité de l'impôt payé par la société (full imputation) ; vous obtenez un crédit d'impôt plutôt qu'un remboursement cash équivalent, et le calcul intègre votre situation personnelle (dont le statut Non-Dom si vos revenus étrangers ne sont pas rapatriés à Malte).

Pour un résident sous statut Non-Dom, les revenus de source étrangère non remis à Malte ne sont pas imposés localement — d'où l'intérêt combiné société + résidence. Mais attention côté France : voir la section suivante.

Convention fiscale : la convention France-Malte du 25 juillet 1990 régit la répartition de l'imposition et évite la double imposition entre les deux pays.

Substance économique et risque côté France

Le point que les vendeurs de sociétés évitent. Une société maltaise « boîte aux lettres » ne tient pas. Pour que le montage soit opposable, il faut de la substance économique réelle à Malte :

  • Mind & management à Malte : les décisions stratégiques doivent être prises sur place (conseils d'administration tenus à Malte, procès-verbaux à l'appui).
  • Un directeur local : au moins un administrateur résident maltais, réellement impliqué.
  • Un bureau physique (pas une simple domiciliation), idéalement avec activité et personnel proportionnés au chiffre d'affaires.
  • Comptes audités obligatoires : toute Ltd maltaise doit produire des comptes audités annuels, quel que soit son chiffre d'affaires.

Côté France, le risque est réel si vous restez résident fiscal français ou si la gestion se fait depuis la France : requalification en établissement stable, application de la directive ATAD (règles CFC / sociétés étrangères contrôlées) et de l'article 209 B du CGI, qui permet au fisc français d'imposer les bénéfices d'une filiale étrangère à fiscalité privilégiée sans substance. Le « 5 % » ne vous protège pas si le centre de décision réel reste à Paris ou Aix.

À retenir : le montage maltais fonctionne pour ceux qui vivent réellement à Malte et y gèrent leur activité. Pour un non-résident maltais restant en France, faites valider par un fiscaliste des deux pays.

Coûts et étapes de création (chiffrés)

Voici ce qu'implique concrètement le montage, avec ordres de grandeur observés sur le marché (à faire confirmer par votre prestataire) :

  1. Réserver le nom + statuts auprès du Malta Business Registry (MBR) — quelques jours.
  2. Déposer le capital social minimum : 1 165 € pour une private Ltd (dont 20 % libérés, soit ~233 €). Organisme : banque + MBR.
  3. Constituer la société via un corporate service provider : 2 000 à 4 500 € de frais de constitution (statuts, memorandum, immatriculation MBR). Délai : 1 à 3 semaines.
  4. Enregistrement fiscal + TVA auprès de la Malta Tax and Customs Administration (numéro d'impôt + numéro TVA).
  5. Ouverture d'un compte bancaire pro (BOV, HSBC Malta, ou EMI type Revolut Business / Wise) — souvent l'étape la plus longue.
  6. Maintenance annuelle : 3 500 à 8 500 €/an (comptabilité, audit obligatoire, secrétariat, directeur local, domiciliation).

Côté résident, sachez que le bus est gratuit pour les détenteurs de la carte Tallinja résidente — un détail du quotidien à Sliema, Gzira ou St Julian's. Les principaux prestataires et cabinets se concentrent dans ces zones et au business district de Msida / Ta' Xbiex.

Erreurs à éviter

  • Croire que la société paie 5 %. Non : elle paie 35 % puis l'actionnaire se fait rembourser. Il faut avancer la trésorerie.
  • Ne pas provisionner les 35 % d'IS. Vous immobilisez ~30 % de votre bénéfice plusieurs semaines. Sans coussin de trésorerie, ça coince.
  • Distribuer depuis le mauvais compte fiscal. Un dividende issu du FTA ou de l'IPA n'ouvre aucun droit à remboursement. La ventilation MTA/FIA est décisive.
  • Monter une coquille vide. Sans mind & management, directeur local et bureau réels, le montage est attaquable (ATAD, art. 209 B côté France).
  • Rester résident fiscal français « en douce ». Le risque d'établissement stable et de CFC est réel. Le montage n'a de sens que si vous vivez vraiment à Malte.
  • Gober les délais fantaisistes. Ni 8 mois ni 14 mois pour le seul remboursement : 14 jours statutaires, 4-6 semaines en pratique après dossier complet.
  • Oublier l'audit obligatoire. Toute Ltd doit produire des comptes audités, même petite : c'est un coût fixe à intégrer.

Questions fréquentes

La société maltaise doit-elle vraiment avancer 35 % avant le remboursement ?

Oui. La société paie l'Ins intégral de 35 % au fisc maltais lors de sa déclaration. Le remboursement 6/7 n'intervient qu'après distribution du dividende et dépôt des comptes audités, versé à l'actionnaire. Prévoyez donc une trésorerie suffisante pour couvrir cette avance pendant 4 à 6 semaines minimum.

Peut-on éviter d'avancer les 35 % de trésorerie ?

Certaines structures holding à deux niveaux (société opérationnelle maltaise + holding maltaise) permettent de consolider et d'accélérer le flux, la holding recevant le remboursement quasi simultanément au dividende. Cela ajoute une couche de coûts et de complexité : à arbitrer avec votre comptable maltais selon votre volume.

Le statut Non-Dom change-t-il l'impôt de ma société ?

Non, le Non-Dom concerne votre imposition personnelle de résident, pas la société. Il signifie que vos revenus de source étrangère non rapatriés à Malte ne sont pas imposés localement. Il se combine au système de remboursement société, mais ce sont deux mécanismes distincts.

Un résident français peut-il détenir une société maltaise à 5 % ?

Détenir, oui ; mais s'il reste résident fiscal français et gère depuis la France, le fisc français peut requalifier (établissement stable, CFC/ATAD, art. 209 B) et imposer les bénéfices en France. Le taux à 5 % suppose une substance et une gestion réelles à Malte. Faites valider par un fiscaliste des deux pays.

Y a-t-il un impôt sur la fortune ou les successions à Malte ?

Non. Malte n'a ni impôt sur la fortune, ni droits de succession, ni impôt sur les donations. La TVA standard est de 18 % (taux réduits de 7 % et 5 % pour l'hébergement, certains services et biens). C'est un avantage supplémentaire au-delà de l'IS.

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Par Baptiste FiguiereFondateur de Relown · Publié le 1 juillet 2026 · Mis à jour en juillet 2026