Vous avez créé — ou vous vous apprêtez à créer — une Limited maltaise, et tout le monde vous répète que « l'audit est obligatoire tous les ans ». C'était vrai. Depuis la réforme entrée en vigueur pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2025, ça ne l'est plus pour beaucoup de petites structures. Cette page fait le tri, chiffres à l'appui : quelles obligations restent, quels seuils vous exonèrent d'audit complet, quelle norme comptable choisir (GAPSME ou IFRS), combien coûtent réellement le bookkeeping, le review report et l'audit — et pourquoi vos comptes conditionnent votre fameux taux d'impôt effectif à 5 %.
Oui, toute société maltaise doit tenir une comptabilité, préparer des comptes annuels et les déposer au Malta Business Registry. Mais depuis la réforme de 2025 (L.N. 139 of 2025, exercices ouverts à partir du 1er janvier 2025), les micro-entités qui restent sous deux des trois seuils (chiffre d'affaires ≤ 93 000 €, actif ≤ 46 600 €, ≤ 2 salariés) sont dispensées d'audit complet : elles ne fournissent qu'un review report (ISRE 2400), bien moins coûteux.
Ce que la loi maltaise exige vraiment de votre société
Toute société immatriculée à Malte relève du Companies Act 1995 (chapitre 386). Trois obligations sont non négociables, quelle que soit votre taille :
- Tenir une comptabilité (proper accounting records) qui reflète fidèlement la situation de la société, conservée au minimum 10 ans au siège social.
- Préparer des comptes annuels (bilan, compte de résultat, notes) et les faire approuver en assemblée générale (AGM).
- Déposer ces comptes au Malta Business Registry (MBR), où ils deviennent publics.
Ce qui change en 2025-2026, ce n'est pas l'obligation de produire des comptes — elle demeure totale — mais l'obligation de les faire auditer. C'est là que la plupart des guides francophones sont dépassés : ils présentent encore l'audit comme systématique. Il ne l'est plus pour les micro-entités. On distingue désormais clairement trois régimes de contrôle, détaillés plus bas : l'exemption totale d'audit, le review engagement (audit allégé, norme ISRE 2400) et l'audit statutaire complet (normes ISA).
À noter : le dépôt des comptes au MBR ne se confond pas avec la déclaration fiscale. Ce sont deux échéances distinctes, auprès de deux organismes différents (MBR d'un côté, Malta Tax & Customs Administration de l'autre), avec deux calendriers séparés que nous détaillons plus loin.
La réforme d'exemption d'audit 2025 : les seuils enfin chiffrés
C'est l'information que personne n'a encore correctement expliquée en français. Le Legal Notice 139 of 2025 introduit, pour les exercices ouverts à partir du 1er janvier 2025, une exemption d'audit pour les sociétés qualifiées de micro-entités.
La règle des « 2 sur 3 »
Votre société est une micro-entité — et peut donc être dispensée d'audit complet — si elle ne dépasse pas deux des trois seuils suivants pendant l'exercice concerné :
| Critère | Seuil micro-entité |
|---|---|
| Chiffre d'affaires net annuel | ≤ 93 000 € |
| Total du bilan (actif) | ≤ 46 600 € |
| Nombre moyen de salariés | ≤ 2 |
Logique clé : il suffit de rester sous deux de ces trois plafonds. Une holding sans salarié, sans activité opérationnelle et avec un petit bilan coche facilement les trois cases.
Ce que l'exemption remplace concrètement
Une micro-entité exemptée ne reçoit plus un audit statutaire complet : elle fournit un review report établi selon la norme internationale ISRE 2400. C'est un examen limité, nettement plus rapide et moins cher qu'un audit ISA classique — mais ce n'est pas « rien » : un professionnel agréé reste impliqué. Nous détaillons cette nuance dans la section suivante.
Cas particulier utile à connaître : les sociétés de merchant shipping bénéficient de seuils spécifiques bien plus élevés (chiffre d'affaires jusqu'à 12 M€), une piste rarement mentionnée par les guides généralistes.
Votre société doit-elle être auditée en 2026 ? L'arbre de décision
Voici l'encadré de décision que vous cherchiez. Partez de votre situation réelle sur le dernier exercice clos.
Régime 1 — Exemption totale d'audit (startups)
Une société nouvellement constituée peut être totalement dispensée d'audit sur ses deux premiers exercices si son chiffre d'affaires reste inférieur à 80 000 €, si ses associés remplissent les conditions de qualification prévues, et si la demande est déposée dans les 6 mois suivant la constitution. À réserver aux tout premiers pas de l'activité.
Régime 2 — Review report / ISRE 2400 (micro-entités)
Si votre société est une micro-entité au sens de la réforme 2025 (règle des 2 sur 3 : CA ≤ 93 000 €, actif ≤ 46 600 €, ≤ 2 salariés), elle échappe à l'audit complet et se contente d'un review engagement. Le professionnel n'exprime pas une opinion d'audit mais une conclusion de revue (« rien ne nous porte à croire que les comptes ne sont pas conformes »). C'est le régime qui concerne la majorité des petites Limited de créateurs solo et des holdings patrimoniales.
Régime 3 — Audit statutaire complet (normes ISA)
Dès que vous dépassez deux des trois seuils micro-entité, l'audit complet redevient obligatoire. Un auditeur agréé émet une opinion selon les International Standards on Auditing. C'est le cas des sociétés opérationnelles qui montent en chiffre d'affaires, embauchent, ou portent un bilan conséquent — typiquement une bonne part des acteurs iGaming et finance installés à Sliema ou St Julian's.
Point d'attention : ces régimes se lisent exercice par exercice. Une société peut basculer du review report vers l'audit complet l'année où elle franchit les seuils, puis revenir en arrière. D'où l'intérêt de surveiller vos agrégats en cours d'année, pas seulement à la clôture.
GAPSME ou IFRS : trancher enfin le référentiel comptable
Autre confusion massive des guides francophones : présenter les IFRS comme la seule norme applicable à Malte. C'est faux. Les PME maltaises peuvent — et ont presque toujours intérêt à — appliquer le GAPSME (General Accounting Principles for Small and Medium-Sized Entities), un référentiel national allégé, bien moins lourd et moins coûteux à mettre en œuvre.
| Critère | GAPSME | IFRS |
|---|---|---|
| Public visé | PME et micro-entités (par défaut) | Grandes sociétés, groupes cotés, certains régulés |
| Complexité | Allégée, annexes réduites | Élevée, informations détaillées |
| Coût de production | Faible | Élevé |
| Choix | Régime par défaut des PME | Sur option ou si obligation (taille, régulation) |
Notre recommandation par profil
- Holding patrimoniale ou société de gestion : GAPSME, sans hésiter. Simplicité et coût minimal.
- Petite société opérationnelle (services, e-commerce, conseil) : GAPSME tant que vous n'êtes pas contraint par la taille.
- Société en forte croissance, levée de fonds, ambition de cotation ou secteur régulé (MFSA) : IFRS peut devenir pertinent, voire obligatoire.
En pratique, votre cabinet comptable maltais applique GAPSME par défaut à une PME. Si un interlocuteur vous impose d'emblée les IFRS « parce que c'est Malte », demandez-lui de justifier — dans 9 cas sur 10, GAPSME suffit et vous fait économiser plusieurs centaines d'euros par an.
Combien ça coûte vraiment : bookkeeping, review, audit (postes séparés)
La grande faiblesse des concurrents : ils amalgament tout dans un flou « 2 000 à 4 000 € d'audit ». Or il y a trois postes distincts, et la comptabilité courante (bookkeeping) n'a rien à voir avec l'audit. Voici des fourchettes indicatives de marché constatées à Malte (à confirmer sur devis, elles varient selon le volume de transactions et le secteur).
| Poste | Ce que ça couvre | Fourchette indicative |
|---|---|---|
| Bookkeeping / comptabilité courante | Saisie, rapprochements, déclarations TVA, écritures | 150 à 400 €/mois (holding dormante bien moins) |
| Review report (ISRE 2400) | Examen limité des comptes d'une micro-entité exemptée | 800 à 1 800 €/an |
| Audit statutaire complet (ISA) | Opinion d'audit, société au-dessus des seuils | 2 000 à 4 000 €/an (davantage si volume élevé) |
Frais annexes récurrents
- Siège social (registered office) : 750 à 2 500 €/an selon le prestataire.
- Redevance annuelle MBR (annual return fee) : à partir de 100 €/an, croissante selon le capital.
- Frais de constitution (pour mémoire) : environ 2 000 à 4 500 € tout compris, dont ~345 € de droits MBR.
Le vrai levier d'économie : passer du régime audit au régime review report quand vous êtes éligible. L'écart peut représenter 1 000 à 2 500 € par an. C'est précisément ce que la réforme 2025 rend possible pour les micro-entités — et ce que peu de créateurs francophones exploitent encore.
Le calendrier annuel des échéances (à afficher au mur)
Quatre familles d'échéances rythment l'année d'une société maltaise. Elles relèvent d'organismes différents — ne les confondez jamais.
| Échéance | Fréquence | Délai | Organisme |
|---|---|---|---|
| Déclaration TVA | Trimestrielle | ~6 semaines après la fin du trimestre | Malta Tax & Customs (VAT Dept) |
| Annual Return (dépôt sociétés) | Annuelle | Dans les 42 jours suivant la date anniversaire de la société | Malta Business Registry |
| Dépôt des comptes annuels | Annuelle | Après l'AGM, dans les délais du Companies Act | Malta Business Registry |
| Déclaration fiscale (tax return) | Annuelle | 9 mois après la clôture, ou 31 mars de l'année suivante | Malta Tax & Customs Administration |
Exemple concret pour une clôture au 31/12 : l'annual return tombe autour de la date anniversaire de l'immatriculation (pas le 31/12), tandis que le tax return est dû au 31 mars suivant, avec possibilité d'extension via la plateforme en ligne. Le 42 jours de l'annual return n'est PAS le délai fiscal : c'est l'erreur de calendrier la plus fréquente.
Bien choisir sa date de clôture
Vous n'êtes pas obligé de clôturer au 31 décembre. Décaler la clôture peut lisser la charge de travail de votre comptable (et de votre auditeur) hors des périodes d'engorgement de janvier-mars, et parfois optimiser votre premier exercice. Discutez-en dès la constitution : changer de date ensuite est possible mais administratif.
Le lien caché : comptes audités et remboursement fiscal 6/7
Voici le point que les guides fiscaux ignorent totalement, et qui touche pourtant au cœur de l'attractivité maltaise. Le fameux taux d'impôt effectif d'environ 5 % n'est pas un taux facial : c'est le résultat d'un mécanisme d'imputation (full imputation system).
La société paie d'abord l'impôt sur les sociétés au taux de 35 %. Puis, lors de la distribution de dividendes, les actionnaires peuvent demander un remboursement de 6/7 de l'impôt payé, ce qui ramène la charge nette à environ 5 %.
Or ce remboursement repose sur des comptes correctement établis et validés. Sans comptabilité conforme et sans le rapport approprié (audit ou review report selon votre régime) déposé, votre demande de remboursement n'a pas de base solide. Autrement dit : bâcler la comptabilité ou l'audit, c'est mettre en péril votre taux à 5 %. Le contrôle des comptes n'est pas une contrainte administrative isolée — c'est la condition d'entrée dans le régime fiscal qui vous a fait choisir Malte.
D'où une conséquence pratique : même une micro-entité exemptée d'audit complet a tout intérêt à soigner son review report et sa tenue comptable. L'économie sur l'audit ne doit jamais se payer par un dossier de remboursement fragile.
Choisir et nommer un auditeur agréé à Malte
À Malte, seul un professionnel titulaire d'un warrant délivré par l'Accountancy Board (Certified Public Accountant, CPA, avec practising certificate en audit) peut signer un audit ou un review report. Ne confiez jamais cette mission à un intermédiaire non agréé.
Étapes pour être en règle
- Vérifier le statut du professionnel — s'assurer qu'il détient un warrant CPA et l'autorisation d'audit auprès de l'Accountancy Board. Coût : nul, quelques minutes de vérification.
- Déterminer votre régime (exemption startup / review report / audit complet) selon les seuils — idéalement avant la clôture, avec votre comptable. Coût : intégré à la mission comptable.
- Nommer l'auditeur en AGM — la nomination est validée en assemblée générale, conformément au Companies Act. L'auditeur reste en fonction jusqu'à l'AGM suivante.
- Fixer le périmètre et le devis — cadrer bookkeeping, référentiel (GAPSME/IFRS) et type de rapport pour éviter les mauvaises surprises. Délai : à lancer 2 à 3 mois avant l'échéance de dépôt.
Beaucoup de créateurs francophones passent par un cabinet bilingue installé à Malte qui regroupe comptabilité, review/audit et déclarations fiscales sous un même toit. C'est souvent le choix le plus efficace quand on ne maîtrise pas l'anglais technique — l'anglais restant la langue officielle de l'administration et des comptes.
Erreurs à éviter
- Croire que l'audit complet est toujours obligatoire. Depuis la réforme 2025, une micro-entité sous les seuils ne fournit qu'un review report. Payer un audit complet inutile, c'est jeter 1 000 à 2 500 €/an.
- Accepter les IFRS par défaut. GAPSME suffit à la quasi-totalité des PME et coûte moins cher. Exigez une justification si on vous impose les IFRS.
- Confondre le délai des 42 jours (annual return MBR) avec le délai fiscal (9 mois / 31 mars). Ce sont deux échéances, deux organismes.
- Négliger la comptabilité en pensant « je suis exempté d'audit ». L'exemption porte sur l'audit, pas sur la tenue des comptes ni sur le dépôt — toujours obligatoires.
- Oublier que les comptes conditionnent le remboursement 6/7. Des comptes bâclés fragilisent votre taux effectif à 5 %.
- Rater la fenêtre de 6 mois pour l'exemption startup. La demande d'exemption des deux premiers exercices se dépose dans les 6 mois suivant la constitution.
- Confier l'audit à un prestataire sans warrant. Seul un CPA agréé par l'Accountancy Board peut signer.
Sources officielles
Malta Business Registry (MBR) — dépôt des comptes et annual return ↗Malta Tax and Customs Administration (CFR) — fiscalité et remboursements ↗Accountancy Board (Malta) — warrants et professionnels agréés ↗Malta Financial Services Authority (MFSA) ↗Questions fréquentes
Quel est le seuil d'audit à Malte en 2025-2026 ?
Depuis le Legal Notice 139 of 2025 (exercices ouverts à partir du 1er janvier 2025), une société est une micro-entité dispensée d'audit complet si elle ne dépasse pas deux des trois seuils suivants : chiffre d'affaires ≤ 93 000 €, total de bilan ≤ 46 600 €, et au maximum 2 salariés en moyenne. Elle fournit alors un review report (ISRE 2400) au lieu d'un audit statutaire.
GAPSME ou IFRS : que choisir pour ma société maltaise ?
Pour une PME ou une micro-entité, GAPSME est le référentiel par défaut : allégé, moins d'annexes, nettement moins cher à produire. Les IFRS ne s'imposent qu'aux grandes sociétés, aux groupes, aux entités cotées ou à certains acteurs régulés par la MFSA. Une holding ou une petite société opérationnelle a presque toujours intérêt à rester sous GAPSME.
Combien coûte un comptable à Malte ?
Il faut distinguer trois postes. Le bookkeeping (comptabilité courante) coûte environ 150 à 400 €/mois selon le volume, bien moins pour une holding dormante. Le review report d'une micro-entité tourne autour de 800 à 1 800 €/an. Un audit statutaire complet va de 2 000 à 4 000 €/an. S'y ajoutent le siège social (750 à 2 500 €/an) et la redevance annuelle MBR (à partir de 100 €). Chiffres indicatifs, à confirmer sur devis.
Une petite société peut-elle être dispensée d'audit à Malte ?
Oui, dans deux cas. Une micro-entité sous les seuils 2025 (règle des 2 sur 3) est dispensée d'audit complet et ne fournit qu'un review report. Et une société nouvellement constituée peut obtenir une exemption totale d'audit sur ses deux premiers exercices si son chiffre d'affaires reste inférieur à 80 000 €, sous réserve d'associés qualifiés et d'une demande déposée dans les 6 mois suivant la constitution.
L'audit conditionne-t-il vraiment le remboursement fiscal à 5 % ?
Oui, indirectement mais réellement. Le taux effectif d'environ 5 % résulte du remboursement de 6/7 de l'impôt sur les sociétés (payé à 35 %) lors de la distribution de dividendes. Ce remboursement suppose des comptes correctement établis et validés par le rapport approprié (audit ou review report selon votre régime) et déposés au MBR. Des comptes non conformes fragilisent votre demande de remboursement.
Combien de temps dois-je conserver mes documents comptables à Malte ?
Le Companies Act impose de conserver les registres comptables au siège social pendant au moins 10 ans. Prévoyez un archivage numérique ordonné dès le premier exercice, d'autant que l'administration et les comptes sont en anglais.



