S'installer à Malte ne change pas seulement votre adresse : cela redéfinit la manière dont votre épargne est taxée. Le régime « non-dom » et la remittance basis peuvent être très avantageux pour un investisseur, à condition d'en comprendre la mécanique et d'articuler correctement vos enveloppes françaises. Voici ce qui change réellement en 2026, chiffres et sources officielles à l'appui.
À Malte, un résident non domicilié est imposé sur la « remittance basis » : ses revenus étrangers (dividendes, intérêts) ne sont taxés que s'ils sont rapatriés à Malte, et ses plus-values de source étrangère restent exonérées même rapatriées. Une taxe minimale de 5 000 € s'applique si vos revenus étrangers dépassent 35 000 € sans être intégralement transférés. Votre PEA et votre assurance-vie français restent exonérés d'impôt en France, mais Malte peut les imposer selon leur traitement.
Remittance basis
Quand vous devenez résident fiscal de Malte sans y être « domicilié » (le domicile est une notion de rattachement long terme, distincte de la résidence), vous relevez du régime dit « resident non-domiciled ». Concrètement, vous êtes imposé sur la remittance basis : Malte taxe vos revenus de source maltaise, mais vos revenus de source étrangère ne sont imposés que s'ils sont reçus ou rapatriés à Malte.
Autrement dit, tant qu'un dividende, un coupon ou un loyer étranger reste sur un compte hors de Malte, il échappe à l'impôt maltais. C'est le levier central utilisé par les investisseurs internationaux qui s'installent sur l'île. La résidence fiscale s'établit en principe au-delà de 183 jours de présence par an, mais un mode de vie durablement centré à Malte peut suffire même en deçà.
Plus-values & dividendes
La distinction fondamentale à retenir oppose deux catégories de revenus étrangers :
- Plus-values de source étrangère (vente d'actions, de parts, de crypto détenues hors Malte) : elles sont totalement exonérées d'impôt maltais, y compris si vous rapatriez le produit de la vente à Malte.
- Dividendes et intérêts de source étrangère : ils ne sont taxés que s'ils sont rapatriés à Malte. Conservés à l'étranger, ils restent hors du champ maltais.
Pour un investisseur qui vit principalement de plus-values de portefeuille, ce traitement est particulièrement favorable : il n'existe à Malte ni impôt sur la fortune, ni droits de succession ou de donation. Le revenu de source maltaise, lui, suit le barème progressif jusqu'à 35 %.
Tableau fiscalité
Ce tableau résume le traitement d'un résident non domicilié à Malte en 2026 :
| Type de revenu | Source | Imposé à Malte ? |
|---|---|---|
| Plus-values (actions, crypto, parts) | Étrangère | Non, même si rapatriées |
| Dividendes et intérêts | Étrangère | Uniquement si rapatriés à Malte |
| Revenus locatifs | Étrangère | Uniquement si rapatriés à Malte |
| Salaire, dividendes, loyers | Maltaise | Oui, barème jusqu'à 35 % |
| Plus-values sur biens situés à Malte | Maltaise | Oui |
Attention : un revenu étranger supérieur à 35 000 € par an et non intégralement rapatrié déclenche une taxe minimale de 5 000 € due à Malte, quelle que soit la part effectivement transférée sur l'île.
Immobilier
Si vous investissez dans la pierre à Malte, la fiscalité est spécifique et distincte du régime non-dom :
- À l'achat : droit de timbre (stamp duty) de 5 % du prix. Un primo-accédant est exonéré sur les premiers 200 000 € ; les biens en zone de conservation urbaine peuvent l'être sur les premiers 750 000 €.
- Sur les loyers : vous pouvez opter chaque année pour un taux forfaitaire de 15 % sur le loyer brut, ou intégrer le loyer net au barème progressif.
- À la revente : la Property Transfer Tax s'élève à 8 % du prix de vente, ramenée à 5 % si le bien est cédé dans les 5 ans suivant son acquisition. La résidence principale occupée au moins 3 ans et vendue dans les 12 mois du départ est exonérée.
Il n'existe par ailleurs aucune taxe foncière annuelle sur la détention d'un bien à Malte.
PEA & assurance-vie
C'est le point que la plupart des expatriés négligent. Bonne nouvelle : Malte étant dans l'Union européenne, votre PEA peut rester ouvert après votre départ. En France, ses produits et plus-values restent exonérés d'impôt sur le revenu, et l'antériorité fiscale acquise après 5 ans n'est pas perdue du seul fait de l'expatriation.
Attention toutefois : cette exonération est française. Malte applique sa propre loi et peut, selon la nature des flux, imposer ce que la France n'impose plus. Le PEA n'a d'existence fiscale que côté français.
Côté assurance-vie, le non-résident bénéficie d'une exonération totale des prélèvements sociaux (17,2 %), contrairement au résident. Les conventions fiscales peuvent aussi réduire le prélèvement forfaitaire sur les rachats. Là encore, le traitement final dépend de l'articulation avec Malte, à valider au cas par cas.
Exit tax
Avant même de profiter du régime maltais, un obstacle français peut se dresser : l'exit tax (article 167 bis du CGI). Elle vise les contribuables qui ont été résidents fiscaux de France au moins 6 des 10 dernières années et qui transfèrent leur domicile hors de France en détenant un portefeuille de titres supérieur à 800 000 € (ou plus de 50 % des bénéfices d'une société).
Le mécanisme taxe vos plus-values latentes — celles que vous n'avez pas encore réalisées — au prélèvement forfaitaire, porté à 31,4 % en 2026 (12,8 % d'impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux depuis la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026). En dessous du seuil de 800 000 €, aucune exit tax n'est due.
Bonne nouvelle pour Malte : le départ vers un pays de l'Union européenne ouvre droit à un sursis de paiement automatique, sans garantie financière à constituer. Et l'impôt est définitivement dégrevé si vous conservez vos titres 2 ans (ou 5 ans pour une participation d'au moins 50 %). Les titres logés dans un contrat d'assurance-vie sont par ailleurs exclus de l'assiette. Bien anticipée, l'exit tax est donc souvent neutralisée — mais elle se prépare avant le déménagement.
Compte-titres
Contrairement au PEA, un compte-titres ordinaire français n'offre aucune enveloppe fiscale : une fois résident de Malte, les plus-values de cession que vous y réalisez relèvent en principe du régime maltais, donc de l'exonération sur les plus-values de source étrangère. Beaucoup d'expatriés transfèrent d'ailleurs leur portefeuille chez un courtier hors de France pour simplifier leur situation.
Le point pratique décisif, sous remittance basis, tient à l'architecture de vos comptes bancaires. La règle d'or consiste à séparer :
- un compte « capital », à l'étranger, où arrivent dividendes, intérêts et produits de cessions, jamais transféré vers Malte ;
- un compte « revenus » distinct, servant à alimenter votre train de vie maltais.
Mélanger les flux (le fameux mixed fund) peut rendre imposable l'intégralité d'un transfert vers Malte, faute de pouvoir prouver qu'il s'agissait de capital et non de revenu. Cette discipline comptable, tenue dès le premier jour, est ce qui sépare un régime non-dom réellement optimisé d'un régime mal exploité.
Convention fiscale
Aucune décision d'épargne ne devrait être prise sans consulter la convention fiscale franco-maltaise, signée le 25 juillet 1977 et complétée par la convention multilatérale BEPS. Elle détermine, en cas de conflit, quel pays a le droit d'imposer chaque type de revenu : dividendes, intérêts, plus-values, revenus immobiliers, pensions.
Le point technique central reste la rupture nette de votre résidence fiscale française. Tant que la France peut vous considérer comme résident (foyer, centre des intérêts économiques), tout l'édifice maltais peut être remis en cause. C'est ce basculement qu'il faut sécuriser en priorité, idéalement avec un conseil fiscal des deux côtés. Ce sujet s'inscrit dans une réflexion plus large sur votre comparatif du coût de la vie entre la France et Malte et l'ensemble de votre budget d'installation à Malte.
Erreurs à éviter
- Croire que « non-dom » signifie « zéro impôt » : la taxe minimale de 5 000 € et l'imposition des revenus rapatriés s'appliquent bel et bien.
- Rapatrier ses dividendes étrangers sans réfléchir : un simple virement vers votre compte maltais peut les rendre imposables. Séparez vos comptes « capital » et « dépenses ».
- Oublier de rompre proprement sa résidence fiscale française : sans cela, la France peut continuer de vous imposer et neutraliser l'avantage maltais.
- Clôturer son PEA par précipitation : dans la plupart des cas, le conserver ouvert préserve l'antériorité et l'exonération française.
- Confondre plus-values et dividendes étrangers : les premières sont exonérées même rapatriées, les seconds non. La distinction change tout.
Pour ne rien laisser au hasard lors de votre arrivée, appuyez-vous sur notre accompagnement budget et coût de la vie et sur le chiffrage complet de votre déménagement vers Malte.
Sources officielles
Commissioner for Tax and Customs (CfR) — Malta ↗Malta Financial Services Authority (MFSA) ↗PwC Tax Summaries — Malta, Individual income determination ↗Immigrant Invest — Malta Non-Dom Regime 2026 ↗Griffiths & Associates — Capital Gains & Property Transfer Tax Malta 2026 ↗impots.gouv.fr — Non-résident : placements financiers en France ↗Malte Conseils — Convention fiscale France-Malte ↗impots.gouv.fr — Exit tax (article 167 bis du CGI) ↗Questions fréquentes
Mes plus-values de bourse sont-elles taxées à Malte ?
Non, si elles proviennent d'actifs situés hors de Malte. Sous le régime resident non-domiciled, les plus-values de source étrangère sont totalement exonérées d'impôt maltais, y compris lorsque vous rapatriez le produit de la vente sur l'île. Seules les plus-values sur des biens situés à Malte sont imposées localement.
Dois-je payer un impôt minimum à Malte ?
Oui, dans certains cas. Si vos revenus de source étrangère dépassent 35 000 € par an et ne sont pas intégralement rapatriés à Malte, une taxe minimale annuelle de 5 000 € est due. En dessous de ce seuil, seuls les revenus effectivement reçus à Malte sont imposés selon le barème.
Puis-je garder mon PEA en vivant à Malte ?
Oui. Malte étant membre de l'Union européenne, votre PEA peut rester ouvert. En France, ses produits demeurent exonérés d'impôt sur le revenu et l'antériorité acquise après 5 ans n'est pas perdue par l'expatriation. Malte reste toutefois libre d'appliquer sa propre fiscalité aux flux concernés.
Les dividendes étrangers sont-ils imposés à Malte ?
Uniquement s'ils sont rapatriés à Malte. Sous la remittance basis, un dividende de société non maltaise conservé sur un compte à l'étranger n'entre pas dans le champ de l'impôt maltais. Dès qu'il est transféré sur l'île, il devient imposable selon le barème progressif.
Y a-t-il un impôt sur la fortune ou sur les successions à Malte ?
Non. Malte ne prélève ni impôt sur la fortune, ni droits de succession ou de donation, ni taxe foncière annuelle sur la détention d'un bien. Seuls les revenus et certaines transactions immobilières sont taxés, ce qui rend l'île attractive pour la transmission de patrimoine.
Comment sont taxés mes loyers d'un bien situé à Malte ?
Vous pouvez opter chaque année pour un taux forfaitaire de 15 % appliqué au loyer brut, sans déduction de charges, ou intégrer le loyer net au barème progressif. Le choix dépend du niveau de vos charges déductibles et de votre tranche marginale d'imposition.
Vais-je payer l'exit tax en quittant la France pour Malte ?
Seulement si votre portefeuille de titres dépasse 800 000 € au départ. La plus-value latente est alors taxée à 31,4 % en 2026, mais un sursis de paiement automatique s'applique vers Malte (pays de l'UE) et l'impôt est définitivement dégrevé si vous conservez vos titres 2 à 5 ans. En dessous du seuil, aucune exit tax n'est due.


