Vivre à Dubaï ne suffit pas à devenir résident fiscal, ni à échapper au fisc français. Il faut remplir des critères précis côté émirien, obtenir le bon certificat, et surtout rompre proprement sa résidence fiscale d'origine. Voici la méthode 2026.
Pour devenir résident fiscal des Émirats en 2026, il faut remplir l'un des critères de la Cabinet Decision 85 de 2022 : présence physique d'au moins 183 jours sur 12 mois, ou 90 jours pour les résidents du Golfe disposant d'un logement, emploi ou activité aux EAU, ou avoir son foyer permanent et le centre de ses intérêts aux EAU. On obtient ensuite un certificat de résidence fiscale (TRC) via le portail EmaraTax de la Federal Tax Authority. Attention : quitter le fisc français exige de couper tous les liens de l'article 4B du CGI.
L'essentiel
Depuis mars 2023, les Émirats disposent de critères officiels de résidence fiscale (Cabinet Decision 85 de 2022). Être résident fiscal émirien permet d'obtenir un certificat de résidence fiscale (TRC), utile pour activer une convention fiscale et prouver son statut à l'étranger. Mais deux réalités à distinguer :
- côté Émirats, il faut remplir un critère de présence ou de foyer ;
- côté France (ou pays d'origine), il faut avoir réellement rompu sa résidence fiscale.
Pour le cadre fiscal global, voir notre guide fiscalité Dubaï.
Les 3 critères
Selon la Cabinet Decision 85 de 2022, une personne physique est résidente fiscale des EAU si elle remplit au moins l'un de ces critères :
| Critère | Condition |
|---|---|
| Foyer permanent | Lieu de résidence habituel ET centre des intérêts financiers et personnels aux EAU (sans durée minimale) |
| 183 jours | Présence physique ≥ 183 jours sur une période de 12 mois consécutifs |
| 90 jours | Présence ≥ 90 jours, réservé aux nationaux EAU/CCG ou titulaires d'un permis de résidence, avec logement permanent OU emploi/activité aux EAU |
La preuve de présence se fait via l'Emirates ID ou un rapport d'entrées/sorties de l'autorité fédérale d'identité (ICP).
Certificat TRC
Le TRC (Tax Residency Certificate, ou Tax Domicile Certificate) est délivré par la Federal Tax Authority pour un exercice donné. Il en existe deux types : domestique (usage interne) et DTA (pour appliquer une convention fiscale). La procédure :
- Demande en ligne via le portail EmaraTax de la FTA ;
- Pièces : passeport, visa de résidence, Emirates ID, et — pour le volet 183 jours — le rapport d'entrées/sorties ; les relevés bancaires ne sont plus systématiquement exigés ;
- Frais et paiement en ligne ;
- Délai : environ 4 à 5 jours ouvrés après validation.
Ce certificat est indispensable pour faire valoir votre statut auprès d'une administration étrangère et éviter la double imposition.
Quitter le fisc français
C'est l'étape la plus mal comprise. Obtenir un visa émirien et un TRC ne suffit pas à quitter le fisc français. La France applique l'article 4B du CGI, dont les critères sont alternatifs : il suffit qu'un seul soit rempli pour rester imposable en France sur vos revenus mondiaux.
- Foyer / lieu de séjour principal en France (conjoint, enfants, logement habituel) ;
- Activité professionnelle principale exercée en France ;
- Centre des intérêts économiques en France (source principale de revenus, patrimoine géré depuis la France).
Pour couper proprement : déplacer réellement son foyer, cesser toute activité principale en France et transférer le centre de ses intérêts économiques. Conservez les preuves (contrat de location Ejari, factures, mouvements bancaires, billets d'avion).
Convention fiscale
Il est fréquent de remplir les critères des deux pays en même temps (par exemple 183 jours aux EAU mais un lien résiduel en France). On applique alors la convention fiscale France-Émirats, qui tranche le conflit de résidence selon une cascade de critères : foyer d'habitation permanent, puis centre des intérêts vitaux, puis lieu de séjour habituel, puis nationalité.
- La convention répartit le droit d'imposer entre les deux États et évite la double imposition.
- Un TRC solide et des preuves de vie effective à Dubaï pèsent lourd dans cette analyse.
- En cas de patrimoine ou de situation complexe, l'accompagnement d'un avocat fiscaliste est vivement conseillé.
Fiscalité locale
Une fois résident fiscal émirien, votre imposition change radicalement :
- 0 % d'impôt sur le revenu des personnes physiques (salaires, dividendes) ;
- 9 % d'impôt sur les sociétés au-delà de 375 000 AED de bénéfice (0 % pour une free zone qualifiante QFZP) ;
- 5 % de TVA sur la plupart des biens et services ;
- pas d'impôt sur la fortune ni sur les successions à l'échelle fédérale.
Attention : certains revenus de source française (immobilier, plus-values) peuvent rester imposables en France selon la convention. Voir aussi notre guide création d'entreprise à Dubaï.
Exit tax & démarches
Quitter la France ne se limite pas à faire ses valises. Deux démarches sont souvent oubliées et coûtent cher.
- Déclaration de départ : signalez votre changement d'adresse à l'étranger à votre service des impôts, puis déclarez vos revenus de l'année de départ (part résident + part non-résident) auprès du service des impôts des particuliers non-résidents.
- Exit tax : si vous détenez un patrimoine important en titres et participations (au-delà de seuils fixés par la loi), le transfert de domicile fiscal hors de France peut déclencher l'imposition des plus-values latentes, avec un mécanisme de sursis de paiement sous conditions.
- Comptes et revenus de source française : les loyers d'un bien situé en France, par exemple, restent généralement imposables en France selon la convention.
Anticiper ces points avec un professionnel évite un rappel d'impôt plusieurs années après le départ.
Checklist
Une expatriation fiscale propre se prépare et se documente. Les preuves comptent autant que les faits.
- Obtenir le visa de résidence et l'Emirates ID (emploi, société en free zone ou Golden Visa).
- Louer un logement aux EAU et conserver le contrat (Ejari), les factures d'électricité et d'eau.
- Transférer le centre de ses intérêts économiques : compte bancaire local alimenté, activité principale, sources de revenus.
- Déplacer réellement son foyer (conjoint, enfants scolarisés sur place le cas échéant).
- Documenter la présence : billets d'avion, rapport d'entrées/sorties, dépenses locales pour justifier les 183 jours.
- Obtenir le TRC auprès de la Federal Tax Authority.
- Déclarer son départ à l'administration fiscale française et vérifier l'exit tax.
Erreurs fréquentes
- Croire que passer moins de 183 jours en France suffit : un seul lien de l'article 4B (foyer, activité, intérêts économiques) vous garde imposable en France.
- Garder son foyer familial en France tout en travaillant à Dubaï : c'est le motif de redressement le plus classique.
- Ne pas obtenir de TRC : sans certificat, difficile de prouver votre résidence émirienne en cas de contrôle.
- Oublier l'exit tax française sur les plus-values latentes lors du transfert de domicile, selon votre patrimoine en titres.
- Négliger la déclaration de départ et la déclaration des comptes détenus à l'étranger tant que vous êtes encore résident français.
Sources officielles
Federal Tax Authority (TRC officiel) ↗Portail EmaraTax (FTA) ↗Portail officiel des EAU (u.ae) ↗Article 4B du CGI (Légifrance) ↗impots.gouv.fr (particuliers non-résidents) ↗Questions fréquentes
Combien de jours faut-il passer à Dubaï pour être résident fiscal ?
183 jours de présence physique sur 12 mois consécutifs suffisent pour tous. Un seuil réduit à 90 jours existe pour les nationaux des EAU ou du Golfe et les titulaires d'un permis de résidence disposant d'un logement, d'un emploi ou d'une activité aux EAU. Le critère du foyer permanent, lui, ne dépend pas d'un nombre de jours.
Le certificat TRC suffit-il à quitter le fisc français ?
Non. Le TRC prouve votre résidence fiscale émirienne, mais la France applique l'article 4B du CGI : tant qu'un lien (foyer, activité principale ou centre des intérêts économiques) subsiste en France, vous restez imposable sur vos revenus mondiaux. Il faut couper réellement ces liens.
Comment obtenir le certificat de résidence fiscale à Dubaï ?
En ligne, via le portail EmaraTax de la Federal Tax Authority, avec passeport, visa de résidence, Emirates ID et, pour le volet 183 jours, un rapport d'entrées/sorties. Le certificat est délivré en 4 à 5 jours ouvrés environ après validation et paiement des frais.
Paie-t-on des impôts à Dubaï ?
L'impôt sur le revenu des personnes physiques est à 0 %. Les sociétés paient 9 % au-delà de 375 000 AED de bénéfice (0 % pour une free zone qualifiante), et la TVA est de 5 %. Il n'y a ni impôt sur la fortune ni droits de succession fédéraux.
Qu'est-ce que la convention fiscale France-EAU change ?
Elle tranche les cas de double résidence via une cascade de critères (foyer permanent, centre des intérêts vitaux, séjour habituel, nationalité) et répartit le droit d'imposer pour éviter la double imposition. Certains revenus de source française peuvent rester imposables en France.
Faut-il un avocat fiscaliste pour s'expatrier à Dubaï ?
Ce n'est pas obligatoire, mais fortement recommandé dès que votre patrimoine, votre société ou votre situation familiale sont complexes. Un mauvais transfert de résidence expose à un redressement français coûteux et à l'exit tax.


