Vous vous installez à Malte, vous ouvrez un compte chez BOV ou vous utilisez déjà Revolut, et une question revient : faut-il encore prévenir le fisc français ? La réponse tient à une notion précise, la résidence fiscale. Tant que la France vous considère comme résident fiscal, tout compte détenu à l'étranger doit être signalé chaque année, via le formulaire 3916, sous peine d'une amende de 1 500 € par compte. Beaucoup d'expatriés découvrent cette obligation trop tard, en pensant qu'un compte vide ou une simple appli comme N26 n'est pas concerné. Ce guide vous dit exactement qui doit déclarer, quels comptes, comment le faire en ligne en 2026, ce que vous risquez et surtout quand l'obligation prend fin. Objectif : une déclaration propre, sans mauvaise surprise.
Tant que vous êtes résident fiscal français, vous devez déclarer chaque année tout compte ouvert, détenu, utilisé ou clos à l'étranger, y compris à Malte, via le formulaire 3916 joint à votre déclaration de revenus. Cela vaut pour les comptes bancaires, les néobanques comme Revolut ou N26 avec IBAN étranger et les comptes d'actifs numériques, même inactifs ou vides. L'omission coûte 1 500 € par compte.
Qui doit déclarer ?
L'obligation ne dépend pas de votre nationalité ni du lieu où se trouve le compte, mais d'un seul critère : votre résidence fiscale. Tant que vous êtes considéré comme résident fiscal français au sens de l'article 4 B du Code général des impôts, vous devez déclarer chaque année tout compte ouvert, détenu, utilisé ou clos hors de France. Cette règle est posée par l'article 1649 A du CGI et détaillée par l'administration au BOFiP.
Concrètement, vous restez résident fiscal français, et donc soumis à cette déclaration, si votre foyer ou le lieu de votre séjour principal est en France, si vous y exercez votre activité professionnelle principale, ou si le centre de vos intérêts économiques y demeure. Le seuil des 183 jours passés en France sur l'année est l'indice le plus connu, mais ce n'est pas le seul.
Conséquence directe pour un nouvel arrivant à Malte : l'année de votre départ, vous êtes généralement résident fiscal français pour la période courant jusqu'au déménagement. Un compte ouvert à Malte dès votre arrivée peut donc devoir figurer sur votre déclaration française cette année-là. Avant tout, situez votre statut avec notre guide d'expatriation à Malte, puis appuyez-vous sur le guide banque à Malte pour la partie bancaire.
Quels comptes déclarer ?
La définition retenue par le fisc est volontairement large. Il ne s'agit pas seulement de vos comptes courants : l'obligation vise tous les comptes financiers détenus à l'étranger, quelle que soit leur activité. Un point surprend beaucoup d'expatriés : un compte inactif ou vide doit tout de même être déclaré. Le fait de n'avoir jamais viré d'argent dessus ne vous dispense pas.
Entrent notamment dans le champ du formulaire 3916 :
- Les comptes courants et comptes d'épargne ouverts dans une banque maltaise (BOV, HSBC Malta, APS, BNF).
- Les comptes détenus auprès d'un établissement de paiement ou de monnaie électronique étranger, y compris les néobanques.
- Les comptes d'actifs numériques (cryptomonnaies) ouverts sur une plateforme étrangère, déclarés via le volet 3916-bis.
- Les contrats de capitalisation et d'assurance-vie souscrits hors de France.
Un compte ouvert par l'intermédiaire d'une société ou sur lequel vous détenez une procuration est également concerné : vous devez le déclarer même si vous n'en êtes pas le titulaire direct. Si vous partagez un compte à Malte, notre guide sur le compte joint à Malte précise le fonctionnement, mais retenez que chaque co-titulaire résident fiscal français a sa propre obligation déclarative.
Revolut, N26, Wise
C'est le cas le plus mal compris. Beaucoup pensent qu'une application française n'a pas à être déclarée. Ce qui compte n'est pas l'apparence de l'appli, mais le pays de l'IBAN et de l'établissement qui tient le compte. Un IBAN commençant par LT (Lituanie), DE (Allemagne), BE ou IE désigne un compte étranger, à déclarer.
La situation a évolué et mérite attention. Revolut dispose depuis le 18 mai 2022 d'une succursale agréée par l'ACPR : les comptes ouverts depuis peuvent porter un IBAN français (FR). N26 propose des IBAN français aux nouveaux clients depuis juin 2023. Un compte Revolut ou N26 nativement en FR n'a donc pas à être déclaré comme compte étranger.
Le piège se situe dans la transition. Si, à un moment quelconque de l'année, vous avez disposé d'un IBAN non français — ce qui est le cas de tous les anciens clients migrés vers un IBAN FR en cours d'année —, l'ancien compte doit être déclaré, y compris comme compte clos s'il a été fermé. En cas de doute, vérifiez l'IBAN exact affiché dans votre application et déclarez : l'oubli coûte bien plus cher qu'une ligne en trop. Pour l'usage quotidien de Revolut sur l'île, voir notre guide Revolut à Malte.
Comment déclarer en 2026
La déclaration des comptes à l'étranger n'est pas un document séparé à envoyer : elle est intégrée à votre déclaration annuelle de revenus. En pratique, tout se fait en ligne sur impots.gouv.fr. La procédure a été simplifiée : dès la deuxième page du parcours en ligne apparaît l'onglet « Comptes, contrats ou placements à l'étranger », qui correspond à l'annexe papier 3916-3916 bis.
- Connectez-vous à votre espace particulier sur impots.gouv.fr et démarrez votre déclaration de revenus.
- À l'étape des rubriques, cochez la case déclenchant l'annexe « comptes à l'étranger » (et/ou « actifs numériques » pour la crypto).
- Pour chaque compte, renseignez la désignation de l'établissement, son adresse, le numéro de compte (IBAN), la date d'ouverture et, le cas échéant, de clôture.
- Répétez l'opération pour chaque compte : un formulaire 3916 par compte détenu.
- Validez : les comptes déclarés sont reportés automatiquement sur votre déclaration.
Pour la campagne 2026 portant sur les revenus 2025, les dates limites de dépôt en ligne sont le 21 mai 2026 (départements 01 à 19 et non-résidents), le 28 mai 2026 (départements 20 à 54) et le 4 juin 2026 (départements 55 à 976). Déclarer un compte n'augmente pas mécaniquement votre impôt : seuls des revenus ou gains imposables non déclarés le feraient.
Sanctions encourues
Les sanctions sont volontairement dissuasives et s'appliquent par compte et par année non déclarés. Le point de départ est une amende forfaitaire fixée par l'article 1736, IV du CGI, mais l'addition peut vite grimper si l'administration reconstitue des revenus non déclarés.
| Situation | Sanction | Base légale |
|---|---|---|
| Compte non déclaré (cas général) | 1 500 € par compte et par an | Art. 1736, IV CGI |
| Compte dans un État sans convention d'assistance | 10 000 € par compte et par an | Art. 1736, IV CGI |
| Rappels d'impôt liés au compte occulté | Majoration de 80 % des droits | Art. 1729-0 A CGI |
| Avoirs d'origine inexpliquée | Taxation à 60 % du solde le plus élevé | Art. 755 CGI |
Malte étant un État membre de l'Union européenne, lié à la France par les conventions d'échange d'informations, c'est l'amende de 1 500 € qui s'applique, pas celle de 10 000 €. Mais deux éléments alourdissent le risque : le délai de reprise de l'administration est porté à 10 ans pour les revenus perçus via des comptes étrangers non déclarés, et la majoration de 80 % se substitue à l'amende dès qu'un redressement en découle (sans pouvoir être inférieure à 1 500 €). Un simple oubli répété sur plusieurs années peut donc représenter plusieurs milliers d'euros. L'échange automatique d'informations bancaires (norme CRS) rend par ailleurs la détection quasi systématique.
Quand l'obligation cesse
L'obligation est adossée à votre résidence fiscale française : elle disparaît lorsque vous cessez d'être résident fiscal français. Une fois votre foyer, votre séjour principal et le centre de vos intérêts économiques transférés à Malte de façon effective, vos comptes maltais deviennent des comptes locaux du pays où vous résidez, et non plus des comptes « à l'étranger » à signaler au fisc français.
Deux précisions évitent les erreurs de calendrier. D'abord, l'année du départ reste particulière : vous déposez généralement une déclaration française couvrant la période où vous étiez encore résident, et les comptes maltais utilisés durant cette période y figurent. Ensuite, si vous conservez des attaches en France (compte français actif, revenus fonciers, activité), vous pouvez rester tenu de déclarer selon votre situation ; le sujet mérite alors une vérification personnalisée.
Devenir non-résident ne supprime pas toute obligation française : vous pouvez continuer à déclarer des revenus de source française. Pour sécuriser votre changement de statut et l'ouverture de vos comptes sur place sans faux pas, notre accompagnement bancaire Relown vous aide à cadrer la transition entre banque française et banque maltaise.
Erreurs à éviter
La plupart des redressements ne viennent pas d'une fraude, mais d'idées reçues. Voici les pièges les plus fréquents chez les expatriés vers Malte.
- Croire qu'un compte vide ou inactif ne compte pas. Un compte ouvert et jamais alimenté doit être déclaré. L'obligation vise la détention, pas l'utilisation.
- Oublier les néobanques. Revolut, N26 ou Wise avec un IBAN non français sont des comptes étrangers à part entière. Vérifiez le préfixe de l'IBAN, pas le logo de l'appli.
- Ne pas déclarer un compte clôturé. Un compte fermé en cours d'année, y compris un ancien IBAN étranger migré vers un IBAN FR, doit figurer comme clos sur le 3916.
- Ignorer la crypto. Les comptes d'actifs numériques ouverts sur une plateforme étrangère relèvent du 3916-bis.
- Confondre déclarer et payer. Cocher la case ne crée pas d'impôt : seul un revenu imposable non déclaré en génère. Ne pas déclarer par crainte de l'impôt est le pire calcul.
- Se croire dispensé trop tôt. Tant que la France vous considère résident fiscal, l'obligation demeure, même installé à Malte depuis plusieurs mois.
En cas de comptes anciens jamais déclarés, une régularisation spontanée reste possible et limite les pénalités : mieux vaut corriger que d'attendre un contrôle. Pour l'ensemble de vos démarches bancaires sur l'île, revenez au guide banque à Malte.
Sources officielles
impots.gouv.fr — Formulaire 3916 ↗BOFiP — Déclaration des comptes ouverts hors de France (BOI-CF-CPF-30-20) ↗BOFiP — Sanctions relatives aux comptes à l'étranger (BOI-CF-INF-20-10-50) ↗Légifrance — Article 1736 du CGI ↗Service-public.fr — Déclaration d'un compte à l'étranger ↗Questions fréquentes
Dois-je déclarer mon compte Revolut si l'IBAN est français ?
Non, un compte Revolut nativement en IBAN français (FR) n'est pas un compte étranger. En revanche, si vous avez détenu un ancien IBAN lituanien (LT) à un moment de l'année, ce compte doit être déclaré, y compris comme clos s'il a été migré ou fermé en cours d'année.
Un compte maltais vide doit-il être déclaré ?
Oui. L'obligation porte sur la détention du compte, pas sur son activité. Un compte ouvert à Malte et jamais alimenté doit figurer sur le formulaire 3916 tant que vous êtes résident fiscal français.
Quelle amende si j'oublie de déclarer un compte à Malte ?
L'amende forfaitaire est de 1 500 € par compte et par an (article 1736, IV du CGI). Malte étant un État de l'UE lié à la France par une convention d'échange, le tarif majoré de 10 000 € ne s'applique pas. Si un redressement en découle, une majoration de 80 % des droits peut se substituer à l'amende.
Pendant combien de temps le fisc peut-il me redresser ?
Le délai de reprise est porté à 10 ans pour les revenus perçus via des comptes étrangers non déclarés, contre 3 ans en régime normal. C'est ce qui rend un oubli ancien particulièrement coûteux.
Quand est-ce que je n'ai plus à déclarer mes comptes maltais ?
Lorsque vous cessez d'être résident fiscal français, c'est-à-dire une fois votre foyer, votre séjour principal et le centre de vos intérêts économiques réellement transférés à Malte. L'année du départ reste toutefois soumise à déclaration pour la période où vous étiez encore résident.
Faut-il déclarer un compte crypto ouvert depuis Malte ?
Oui, si la plateforme est établie à l'étranger et que vous êtes résident fiscal français. Les comptes d'actifs numériques se déclarent via le volet 3916-bis, en même temps que votre déclaration de revenus.



