C'est sans doute la première question qu'on se pose avant de s'installer sur l'île : va-t-on comprendre et se faire comprendre ? Bonne nouvelle, Malte est l'un des rares pays européens où l'anglais est officiel. Mais réduire l'île à sa langue coloniale serait passer à côté du maltais, cette langue sémitique unique en Europe. Voici ce qui se parle vraiment, au guichet comme au café du village.
À Malte, on parle les deux : le maltais et l'anglais sont langues officielles. Le maltais est la langue nationale du quotidien entre habitants, mais l'anglais est compris par 96 % de la population et suffit pour tout — administration, banque, travail, courses. Un expatrié francophone peut vivre à Malte sans un mot de maltais, même si en apprendre quelques-uns facilite l'intégration.
Deux langues officielles
Malte a la particularité rare d'avoir deux langues officielles à parité : le maltais (il-Malti) et l'anglais. Depuis 2016, la langue des signes maltaise a rejoint ce statut, mais au quotidien ce sont bien ces deux-là qui structurent la vie de l'île. Le maltais est la langue nationale : c'est celle qu'on entend spontanément entre habitants, à la maison, au marché, à l'église.
Le maltais est fascinant : c'est la seule langue sémitique d'Europe, héritée de l'arabe sicilien, écrite en alphabet latin avec des lettres particulières (ħ, ġ, ċ, ż). Des siècles de domination italienne puis britannique lui ont apporté un vocabulaire d'origine latine et anglaise très important — vous reconnaîtrez au passage des mots comme skola (école) ou polizija (police).
L'anglais, lui, est un héritage direct de la période britannique (1800-1964). L'italien a été langue officielle jusqu'en 1934, avant d'être remplacé par l'anglais. Résultat : aujourd'hui l'anglais n'est pas une langue "étrangère" apprise à l'école, c'est une langue co-officielle du pays, utilisée dans l'administration, la justice et l'enseignement supérieur.
Envie d'un panorama plus large avant de vous lancer ? Notre guide de la vie quotidienne à Malte détaille les autres réflexes du quotidien insulaire.
Qui parle quoi
Les données de l'Office national des statistiques (NSO) donnent une photographie claire du paysage linguistique maltais. La grande majorité de la population maîtrise les deux langues officielles, et une bonne partie comprend aussi l'italien — héritage de la télévision italienne captée sur l'île depuis des décennies.
| Langue | Part de la population ayant au moins des bases |
|---|---|
| Anglais | 96 % |
| Maltais | 90 % |
| Italien | 62 % |
| Français | 20 % |
Concrètement : 96 % des habitants ont au moins des bases d'anglais, et près de neuf sur dix peuvent tenir une vraie conversation. C'est un taux supérieur à celui de nombreux pays où l'anglais n'est que seconde langue. Le français, lui, reste minoritaire : ne comptez pas dessus, même si vous croiserez du personnel francophone dans les commerces touristiques et certains centres d'appels.
À retenir aussi : ces langues ne sont pas cloisonnées. Un même Maltais bascule naturellement du maltais à l'anglais au sein d'une phrase, selon le sujet ou son interlocuteur. Les chiffres à l'oral, les termes techniques ou juridiques sortent souvent en anglais, tandis que la conversation familière reste en maltais. Ce bilinguisme fluide explique pourquoi vous serez toujours compris, quelle que soit la région de l'archipel où vous vous installez.
Où l'anglais suffit
Pour un expatrié francophone, la réponse pratique est limpide : l'anglais suffit pour absolument tout ce qui compte dans une installation. Voici les situations concrètes que vous rencontrerez :
- Administration et démarches : demande de numéro fiscal, résidence, sécurité sociale — les formulaires et guichets fonctionnent en anglais.
- Banque : ouverture de compte, contrats, application mobile, conseillers, tout se passe en anglais.
- Santé : médecins, pharmacies et hôpitaux parlent anglais couramment ; c'est même la langue de formation des professionnels.
- Travail : dans les secteurs qui recrutent des expatriés (iGaming, finance, tech, tourisme), l'anglais est la langue de travail par défaut. Le maltais n'est presque jamais exigé.
- Logement : agences, propriétaires et baux sont en anglais.
- Vie quotidienne : courses, restaurants, coiffeur, transports — vous serez toujours compris.
Même les panneaux de rue, les menus et les documents publics sont fréquemment bilingues ou en anglais. Vous pouvez signer un bail, ouvrir un compte et décrocher un emploi sans jamais prononcer un mot de maltais. C'est aussi vrai pour vos déplacements : consultez notre article sur le réseau de bus Tallinja, où toute la signalétique et l'application sont en anglais.
Mots maltais utiles
Vous n'avez pas besoin du maltais, mais en glisser quelques mots change la couleur d'un échange, surtout hors des zones touristiques. Un simple grazzi lancé au boulanger du coin, et vous n'êtes plus tout à fait un touriste. Voici de quoi démarrer :
| Français | Maltais | Prononciation approximative |
|---|---|---|
| Bonjour | Bonġu | "bonn-djou" |
| Bonsoir | Bonswa | "bonn-swa" |
| Merci | Grazzi | "grat-si" |
| S'il vous plaît | Jekk jogħġbok | "yek yo-djbok" |
| Oui / Non | Iva / Le | "i-va" / "lè" |
| Au revoir / Santé | Saħħa | "sa-hha" |
| Comment ça va ? | Kif int? | "kif inte" |
Un détail de prononciation utile : le ħ se prononce comme un "h" bien expiré (comme dans l'anglais here), le ġ comme le "dj" de djinn, et le ċ comme "tch". Le maltais s'écrit exactement comme il se prononce, ce qui le rend plus abordable à lire qu'il n'y paraît.
L'anglais maltais
L'anglais parlé à Malte — surnommé localement Maltenglish — mérite un mot, car il surprend souvent les nouveaux arrivants habitués à l'anglais britannique ou américain. Ce n'est pas un mauvais anglais : c'est une variété locale à part entière, avec ses propres codes.
Ce qui frappe l'oreille :
- Un rythme plus "syllabé", proche de l'accent italien en anglais : chaque syllabe est détachée plus nettement qu'en anglais britannique, où beaucoup de sons sont avalés.
- Les consonnes finales assourdies : un mot comme lobster peut sonner "lopster", et les terminaisons en "-d" glissent vers un "-t".
- Le son "a" de cat ou trap, qui n'existe pas vraiment en maltais, est souvent remplacé par un "è" ou un "a" plus ouvert.
- Des questions à l'intonation montante, là où le britannique descendrait.
Rassurez-vous : la compréhension reste totale des deux côtés. Après quelques semaines, l'oreille s'ajuste, et vous finirez vous-même par attraper quelques tournures locales. C'est d'ailleurs un excellent terrain pour progresser en anglais tout en vivant en Europe.
Faut-il apprendre le maltais
Honnêtement : non, ce n'est pas nécessaire, et l'immense majorité des expatriés francophones vivent des années sur l'île sans le parler. L'anglais couvre 100 % des besoins pratiques, et le maltais est une langue difficile, sans grande utilité au-delà de l'archipel.
Cela dit, la question n'est pas seulement pratique. Si votre projet est de vous enraciner durablement, d'habiter un village plutôt qu'une zone d'expatriés comme Sliema ou St Julian's, ou de nouer des amitiés maltaises, quelques bases changent tout. Les Maltais sont sincèrement touchés qu'un étranger fasse l'effort — c'est un raccourci vers leur confiance.
Notre conseil équilibré : arrivez en vous appuyant sur l'anglais, sans stress. Puis, une fois installé, apprenez une poignée de mots de politesse et de vie quotidienne. Vous n'avez pas à viser la maîtrise ; viser la courtoisie suffit largement. Pour le reste de votre installation matérielle — comme décider s'il faut acheter une voiture ou vous en passer — l'anglais restera votre outil principal.
Bon à savoir
- Ne présumez pas que le maltais est "de l'italien" : les deux se ressemblent à peine. Un touriste qui lance des phrases en italien sera compris (l'italien est répandu), mais ce n'est pas la langue du pays.
- Les documents officiels bilingues : en cas de contrat important, la version anglaise fait foi dans la pratique courante, mais certains actes juridiques existent aussi en maltais — faites-vous confirmer quelle version prime.
- Le français ne vous sauvera pas : seulement une personne sur cinq en a des bases, souvent scolaires. Basculez en anglais par défaut.
- Entre eux, les Maltais parlent maltais : ne le prenez pas pour de la froideur si une conversation bascule dans une langue que vous ne comprenez pas — c'est simplement leur langue maternelle.
- À Gozo, l'île sœur plus rurale, le maltais est encore plus présent au quotidien, mais l'anglais y reste parfaitement fonctionnel.
Prêt à explorer le reste ? Retrouvez tous nos guides pratiques sur notre page dédiée à l'expatriation à Malte, du logement à la conduite — d'ailleurs, si vous prenez le volant, lisez d'abord notre guide pour conduire à Malte, où la conduite à gauche réserve plus de surprises que la langue.
Sources officielles
Languages of Malta — Wikipedia (données NSO 2022) ↗Maltese English — Wikipedia (caractéristiques de l'accent) ↗National Statistics Office Malta — statistiques officielles ↗Government of Malta — portail officiel ↗Questions fréquentes
Peut-on vivre à Malte en ne parlant qu'anglais ?
Oui, sans aucun problème. L'anglais est langue officielle et 96 % de la population en a au moins des bases. Administration, banque, santé, travail et vie quotidienne se gèrent intégralement en anglais. Le maltais n'est jamais indispensable pour un expatrié francophone.
Le maltais est-il proche de l'italien ou de l'arabe ?
Le maltais est une langue sémitique issue de l'arabe sicilien, donc structurellement proche de l'arabe, mais avec un vocabulaire fortement enrichi d'italien et d'anglais. Il s'écrit en alphabet latin. C'est la seule langue sémitique officielle de l'Union européenne.
Quelle langue est utilisée pour l'administration à Malte ?
L'anglais et le maltais sont tous deux officiels pour l'administration. En pratique, pour un étranger, tout peut se faire en anglais : formulaires, guichets, banque, contrats et documents fiscaux. Vous n'aurez pas besoin du maltais pour vos démarches.
L'anglais parlé à Malte est-il difficile à comprendre ?
Non, mais il a un accent local, le Maltenglish, plus rythmé et proche de l'italien, avec des consonnes finales adoucies. La compréhension reste totale des deux côtés, et l'oreille s'y habitue en quelques semaines. C'est un bon environnement pour progresser en anglais.
Faut-il apprendre le maltais pour s'intégrer ?
Ce n'est pas obligatoire, mais quelques mots de politesse (bonġu, grazzi) sont très appréciés, surtout dans les villages. Pour une intégration durable et des amitiés maltaises, un minimum de vocabulaire crée un lien réel. Viser la courtoisie suffit, pas la maîtrise.
Le français est-il parlé à Malte ?
Peu : environ 20 % de la population en a des bases, souvent scolaires. Vous croiserez du personnel francophone dans certains commerces touristiques et centres d'appels, mais le français ne peut pas servir de langue de repli fiable. Basculez sur l'anglais.



